Les animaux présents au Crou

Au Crou, nous ne comptons pas seulement les arbres que nous plantons : nous écoutons aussi qui vient y vivre. Depuis le printemps 2026, un petit micro fixé à trois mètres de haut dans un vieux prunier, tourné vers le sud, enregistre les sons du jardin, de jour comme de nuit.

Comment savons-nous qui est là ?

C’est l’éco-acoustique : l’écoute des paysages sonores pour mesurer la vie qu’ils abritent. Chaque espèce d’oiseau, de grillon ou de sauterelle a son chant, ou son cri, aussi reconnaissable qu’une empreinte digitale.

Notre micro est un capteur intelligent conçu par Synature, une jeune entreprise suisse. Il écoute en continu, sans déranger les animaux ni les attirer, et un modèle d’intelligence artificielle reconnaît les espèces à leur voix. Chaque reconnaissance s’appelle une « détection ». Pour les espèces les plus rares, nous réécoutons nous-mêmes les enregistrements pour confirmer.

En 27 jours d’écoute, entre mi-mai et fin septembre 2026 : plus de 90 000 détections, près de 40 espèces entendues régulièrement, et une vingtaine d’autres plus discrètes.

Les voix les plus présentes

Les oiseaux de tous les jours. Le merle noir est de loin le plus bavard du Crou, entendu chaque jour d’écoute. Viennent ensuite le moineau domestique, la pie bavarde, le chardonneret élégant (grand amateur de graines de tournesol), la fauvette à tête noire, le verdier d’Europe, le pigeon ramier et l’étourneau sansonnet.

Les habitués. Rougequeue noir, mésange charbonnière, mésange bleue, bergeronnette grise, serin cini, pinson des arbres, rougegorge, moineau friquet, grive musicienne, geai des chênes, sittelle torchepot, corneille noire, grand corbeau et buse variable.

Les pics. Le pic épeiche et le pic vert, qui cherchent les insectes dans le bois des vieux arbres.

Les oiseaux de passage. En septembre, le pouillot véloce et le pouillot fitis font étape au Crou pendant leur migration.

Les chanteurs de la nuit. La chouette hulotte, l’alouette lulu (qui chante bien avant l’aube) et le petit-duc scops.

Les insectes. Les nuits de juin, la grande sauterelle verte domine tout le paysage sonore, avec le grillon champêtre au printemps, le grillon des bois et une cigale, la cigale grise.

Et un mammifère : le renard roux, entendu plus d’une centaine de fois, presque toujours entre 23 h et 3 h du matin.

Plus discrets, entendus quelques fois seulement : pie-grièche écorcheur, coucou gris, mésange à longue queue, bouvreuil pivoine, martinet noir, gobemouche noir, fauvette babillarde, pic épeichette, pic noir, pipit des arbres, grimpereau des jardins, effraie des clochers.

Des espèces menacées, ici

Près de 40 % des oiseaux nicheurs de Suisse figurent sur la Liste rouge des espèces menacées. Plusieurs d’entre eux chantent au Crou.

Le petit-duc scops (Otus scops) : en danger

Ce minuscule hibou, à peine plus grand qu’une main, chante au cœur de la nuit, autour de minuit et vers 3 h. Son cri est une note flûtée, répétée inlassablement. En Suisse, il est classé « en danger », et le Valais est l’un de ses derniers refuges. Il se nourrit surtout de gros insectes, comme les grandes sauterelles vertes que notre micro entend par milliers en juin, et il niche dans les cavités des vieux arbres.
Présence confirmée par nos soins, à l’écoute des enregistrements.

[Écoutez le petit-duc scops, enregistré au Crou]

La huppe fasciée (Upupa epops) : vulnérable

Avec sa crête orange et son « oup-oup-oup » caractéristique, elle s’est fait entendre surtout vers 7 h du matin. En Suisse, elle ne se maintient que grâce aux programmes de conservation. Elle niche dans les cavités des vieux arbres fruitiers et chasse les grosses larves dans l’herbe rase : exactement ce que lui offre un verger comme le nôtre.
Présence confirmée par nos soins, à l’écoute des enregistrements.

[Écoutez la huppe fasciée, enregistrée au Crou]

L’alouette lulu (Lullula arborea) : vulnérable

Son chant liquide et descendant s’élève avant l’aube, entre 3 h et 5 h du matin. Elle aime les terrains secs, ouverts et parsemés d’arbres, comme les coteaux du Valais central.

[Écoutez l’alouette lulu, enregistrée au Crou]

Le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) : vulnérable

Ce petit oiseau a fait halte au Crou fin septembre, en route vers l’Afrique. En Suisse, ses populations nicheuses sont en déclin.

À surveiller

Le torcol fourmilier, un pic discret qui niche dans les cavités des vieux arbres et se nourrit de fourmis, ainsi que le verdier d’Europe, pourtant très présent au Crou, sont classés « potentiellement menacés ». C’est aussi le cas de la pie-grièche écorcheur, du coucou gris, du martinet noir, du pipit des arbres et de l’effraie des clochers, entendus plus rarement.

Ces oiseaux ont un point commun : ils ont besoin de vieux arbres à cavités, d’herbes riches en insectes et d’un peu de désordre. C’est tout le sens de ce que nous faisons au Crou. Les vieux pommiers → Le bois mort →

Jour et nuit

[Graphique : qui chante, et quand ?]

Le chœur des oiseaux éclate vers 5 h du matin, se poursuit toute la journée et culmine une dernière fois au crépuscule, vers 20 h. Puis les oiseaux se taisent, et grillons et sauterelles prennent le relais jusqu’au milieu de la nuit.

Lire ces chiffres avec prudence

Une intelligence artificielle peut se tromper. Notre micro a parfois « entendu » des oiseaux de bord de mer ou des canards, très improbables sur un coteau sec du Valais ! Nous ne présentons donc ici que les espèces entendues à plusieurs reprises, sur plusieurs jours, avec un bon niveau de confiance. Les espèces les plus rares ont été vérifiées à l’oreille.

D’autres précautions : le micro n’a écouté que 27 jours, en mai, en juin et en septembre. Il entend aussi les oiseaux des jardins voisins, ce qui est une bonne nouvelle pour tout le quartier. Et il ne voit pas les animaux silencieux, comme les hérissons ou les papillons.

Nous mettrons cette page à jour au fil des saisons.

Sources : Synature ; Liste rouge des oiseaux nicheurs de Suisse (OFEV et Station ornithologique suisse, 2021).

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